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Fonction publique. Discrimination. Responsabilité de la collectivité employeur pour faute.

La cour administrative d’appel de Versailles a procédé, tout d’abord, à un rappel des règles en matière de charge de la preuve devant le juge administratif : « il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure ou une pratique a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile ».

Une fois ce rappel, utile, effectué, la cour s’est prononcée sur la discrimination dont un agent s’estime victime en procédant là encore à un rappel quant à la responsabilité de l’administration : « la victime non fautive d'un préjudice causé par l'agent d'une administration peut, dès lors que le comportement de cet agent est commis à l'occasion de l'accomplissement du service ou n'est pas dépourvu de tout lien avec le service, demander au juge administratif de condamner cette administration à réparer intégralement ce préjudice, quand bien même aucune faute ne pourrait-elle être imputée au service et le préjudice serait-il entièrement imputable à la faute personnelle commise par l'agent, laquelle, par sa gravité, devrait être regardée comme détachable du service. Cette dernière circonstance permet seulement à l'administration, ainsi condamnée à assumer les conséquences de cette faute personnelle, d'engager une action récursoire à l'encontre de son agent ».

L’agent victime peut donc se tourner vers son administration et rechercher sa responsabilité y compris lorsqu’il s’agit d’une faute personnelle d’un autre agent, à charge pour l’administration d’engager elle-même une action contre cet agent fautif.

Sur la discrimination elle-même, la cour administrative d’appel note que le supérieur hiérarchique de l’intéressé a tenu à de multiples reprises, à son égard ainsi qu'à celui de plusieurs autres sous-officiers de l'escadron, des propos déplacés visant l'origine ethnique ou la couleur de peau. Ces agissements sont notamment établis par une enquête de gendarmerie ainsi que par la décision du Défenseur des droits du 26 mars 2012. Le supérieur hiérarchique en cause a d'ailleurs fait l'objet d'une sanction disciplinaire portée à quarante jours d'arrêts en raison de ces propos discriminatoires. La circonstance que l'administration aurait immédiatement réagi afin de faire cesser ces agissements et aurait sanctionné le supérieur hiérarchique concerné n'est pas de nature à l'exonérer de sa responsabilité, les faits imputés à son agent ayant été commis à l'occasion de son service et dans l'exercice de ses fonctions. Dans ces conditions, les agissements du supérieur hiérarchique sont de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

La cour alloue en conséquence à l’agent victime de discrimination la somme de 5.000 euros le préjudice moral.

CAA Versailles, 10 décembre 2020, n° 18VE00337

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